Circulaire de missions des professeurs documentalistes. A l’heure du choix entre tension et équilibre

En prévision du groupe technique qui se tiendra demain, mercredi 26 janvier, le SNES a rendu public le troisième projet de circulaire de missions des professeurs documentalistes afin, notamment, de recueillir les avis des professionnels sur ce texte. Il est manifeste que celui-ci a évolué, ce qui ne manquera pas de rassurer la profession sur l’attention qui est portée à ses réactions. Pour autant, ce n’est pas systématique et l’on retrouve des mentions qui ont pu faire l’objet d’une critique argumentée. Nous nous proposons donc de revenir sur ces éléments résiduels, en complément de ce qui a déjà pu être écrit, ici et , tout en précisant, pour commencer, que cette nouvelle version du texte propose des avancées intéressantes.

La hiérarchisation du texte selon les énoncés du référentiel de compétences de 2013 nous semble cohérent dans la mesure où elle restaure une continuité entre les deux textes. Le rappel de la qualification enseignante des professeurs documentalistes est là notable, d’autant plus qu’elle est explicitement référée aux Sciences de l’information et de la communication, ce qui conforte les travaux engagés dans le champ didactique. Tout aussi essentiel il est précisé que  son [le professeur documentaliste] enseignement s’inscrit dans une progression des apprentissages, de la classe de sixième à la classe de terminale, dans la voie générale, technologique et professionnelle. Un enseignement qui, selon les termes du préambule, est partagé entre la formation des élèves à l’information-documentation et une contribution à leur formation en matière d’éducation aux médias et à l’information (EMI). Nous trouvons dans la convocation de ces références une introduction du fondement épistémologique de notre profession. Cette inscription dans le texte de la circulaire est un ajout attendu qui vient régulariser l’existant mis en œuvre depuis désormais de longues années. Il rend aussi plus patent la tension avec la politique documentaire, telle qu’elle est définie dans ce projet de circulaire.

Les heures d’enseignement sont effectuées dans le respect nécessaire du bon fonctionnement du CDI. Cette phrase jette l’effroi au fracas d’un édifice qui s’écroule. Qu’est-ce à dire si ce n’est que l’enseignement, au CDI, est hors de la norme et qu’il ne saurait être pensé comme un espace didactisé, sur lequel le professeur documentaliste s’appuie pour concevoir et mettre en œuvre son enseignement. La phrase est pour le moins maladroite… Elle prend une tournure amère dès lors que la politique documentaire, validée par le conseil d’administration […] a pour objectif principal la réflexion et la mise en œuvre de la formation des élèves à la culture informationnelle. C’est confier là l’enseignement du professeur documentaliste à la fortune de contextes locaux, favorables ou non, selon un jeu de négociations permanent, tant avec la direction qu’avec les autres enseignants, où ce personnel aura, in fine, peu d’arguments à faire valoir. Ne peut-on espérer mieux pour l’égalité des chances, principe dont on peut espérer que nos élèves bénéficient…

Rien ne justifie que la formation soit incluse dans la politique documentaire. Si ce concept vient du monde des bibliothèques il n’est pas transposable aux CDI, dont les objectifs diffèrent. Une bibliothèque ou une médiathèque n’ont pas pour vocation première de former les usagers à l’information-documentation ou à contribuer à leur formation à l’EMI. Cette formation ne concerne que la méthodologie de recherche, dans une approche strictement procédurale. Pour quelles raisons, alors, chercher à l’imposer aux CDI ? Pour reprendre le référentiel de 2013, la formation apparait dans la compétence D2, relative à la politique documentaire : Maîtriser les connaissances et les compétences bibliothéconomiques : gestion d’une organisation documentaire et d’un système d’information, fonctionnement de bibliothèques publiques ou centres de documentation, politique d’acquisition, veille stratégique, accueil et accompagnement des publics, animation et formation, politique de lecture, évaluation. Outre le fait que la formation ne constitue certainement pas un objectif principal par son classement dans cette liste de connaissances et de compétences, on notera que ce qui ressort de la formation est d’abord présent dans la compétence D1 du référentiel. On notera, par ailleurs, que la lecture, intégré à la politique documentaire dans la version précédente du texte à été reportée dans l’axe 3 du projet de circulaire, consacré à l’ouverture culturelle. On peut donc espérer que la formation concerne strictement l’axe 1, qui porte sur l’enseignement. Le texte y gagnerait en clarté et en cohérence.

Un flou demeure, donc, sur l’orientation que prendra ce texte. Celui-ci est assez bien figuré dans le préambule du texte où il est dit du professeur documentaliste qu’il partage, selon le référentiel de 2013, les missions communes à tous les professeurs et personnels d’éducation, de même qu’il a des missions spécifiques. Cette lecture peut postuler implicitement que cela englobe les compétences des professeurs, tel que cela apparait dans le référentiel : Outre les compétences qu’ils partagent avec l’ensemble des professeurs, telles qu’elles sont énoncées ci-dessus, ils maîtrisent les compétences spécifiques ci-après. Mais on sait aussi que cela peut ne pas être le cas, les différences entre les fiches 11 et 12 des modalités d’évaluation et de titularisation des enseignants stagiaires de l’enseignement public pouvant être sujettes à caution.

Nous pouvons espérer qu’un équilibre soit respecté dans l’articulation des différentes facettes de nos missions. C’est déjà en partie le cas avec cette nouvelle version, la politique de lecture ne participant plus de l’axe ressources, en restant hélas dépendante de la politique documentaire. Reste désormais à aller plus loin en faisant en sorte que ce ne soit pas davantage le cas pour le volet enseignant, en vue de l’acquisition par tous les élèves d’une culture de l’information et des médias. A cette fin, la politique documentaire ne saurait être la clé de voûte de la circulaire, nul architecte ne prétendant faire reposer une construction sur une répartition dysharmonique et instable des éléments qui la structurent.

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